Coup d’œil détaillé : les chantiers de Panthera, pays par pays
Bhoutan : la quintessence d’un écosystème transfrontalier
Le Royal Manas National Park occupe une position stratégique, car il fait la jonction entre les forêts du Bhoutan, le nord de l’Inde et même une partie du sud du Népal. Cette zone tisse un corridor biologique essentiel aux grands tigres pour migrer, chasser, et élever leurs petits. Panthera mise ici sur la coopération transfrontalière, une nécessité : les tigres, évidemment, n’ont que faire des frontières. Selon un rapport de Panthera de 2023, plus de 80 caméras-pièges disséminées dans le parc ont permis d’identifier plusieurs femelles reproductrices, redonnant de l’espoir aux scientifiques locaux. (Panthera)
Myanmar : dans les brumes de la vallée de Hukaung
La Hukaung Valley Tiger Reserve n’a que l’apparence d’un havre tranquille. Les menaces pèsent lourd : activité minière illégale, déforestation massive, trafics. Panthera s’est associée avec le Wildlife Conservation Society (WCS) et l’État birman depuis 2006 pour maintenir un réseau de patrouilles anti-braconnage, qui parcourent chaque année des milliers de kilomètres à pied dans une topographie redoutable. En 2018, la réserve recensait encore une dizaine de tigres reproducteurs, un chiffre dramatiquement bas, mais stable.
La particularité de ce lieu est son ambition : à 17 373 km², c’est la plus grande réserve protégée d’Asie du Sud-Est, une échelle nécessaire pour que la dynamique de population de ces grands prédateurs ait une chance. Malgré les crises politiques récentes, Panthera appuie la formation continue de gardes issus des villages riverains, une stratégie pour allier conservation et développement.
Inde : relier les sanctuaires, sauver le tigre
L’Inde abrite aujourd’hui plus de 70% des tigres sauvages du monde. Mais il s’agit là surtout d’îlots de vie, cernés de toutes parts. Panthera, en partenariat avec la Global Tiger Forum, se focalise sur le Rajaji National Park et la Lansdowne Forest Division, au pied de l’Himalaya. Les enjeux sont multiples : retrouver la connectivité entre ces sanctuaires (corridors forestiers pour éviter la consanguinité), équipant les équipes sur le terrain avec des caméras-pièges géolocalisées, et formant plus de 300 gardes forestiers à la surveillance et à la réponse rapide.
En 2021, un rapport officiel fait état d’une augmentation de 35% du nombre de tigres photographiés dans ces corridors depuis l’appui de Panthera, soit plus de 45 individus recensés sur une seule année. Les progrès sont encourageants, mais précaires. (Panthera)
Indonésie : dernier refuge du tigre de Sumatra
Le Kerinci Seblat National Park, poumon vert de Sumatra, est la plus grande aire protégée de l’île et l’un des derniers bastions du Panthera tigris sumatrae. Les statistiques sont glaçantes : moins de 400 individus survivent encore à l’état sauvage (WWF-Indonesia). Panthera soutient le SAVE Tiger Program à travers la pose de pièges-photos, mais aussi par une innovation clé : les patrouilles SMART, une technologie de suivi spatial qui permet d’identifier les points chauds du braconnage et de concentrer les interventions. En 2022, 150 pièges et collets illégaux ont pu être retirés dans une zone prioritaire de 50 km² seulement—preuve de la pression constante et de la nécessité de rester vigilant.